Katun, Popcorn et autres malentendus “lost in translation”

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Parfois, les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent, et parfois, les choses ne sont pas telles qu’on les entend.

En Thaïlande, il y a quelque chose de vraiment dépaysant, qui n’est rien d’autre que quelque chose d’aussi fondamental et essentiel que …  la communication.

Pour commencer, mettons les choses dans leur contexte, je vois trop souvent de nombreux expats prenant pour acquis que tous les Thaï devrait parler et comprendre l’anglais …

Peut-être est-ce parce que moi-même je ne suis pas de langue maternelle Anglaise, en tous cas je ne suis jamais partie du principe que par défaut tout le monde devrait maîtriser la langue de Shakespeare.

Par exemple, on peut souvent lire sur les forum d’expats l’expression de l’exaspération occidentale dans toute sa splendeur, sur l’absence de compétences linguistiques du personnel dans les magasins, des chauffeurs de taxi, etc .. Ou encore cet « épouvantable » service   client qui « n’est même pas foutu de parler Anglais correctement »

Euuuh  les gens, helloooo ? Est-ce que les services client de votre pays parlent Thaï ? Je suppose que non …

(Soit dit en passant j’aimerais bien aujourd’hui arriver à parler Thai aussi bien que beaucoup de Thai parlent Anglais !)

Ensuite, nous sommes un peu des invités dans un pays étranger ; certes nous vivons, travaillons ici et payons des impôts, mais par respect pour nos hôtes nous avons le devoir de nous intégrer. Et s’intégrer, c’est être capable de communiquer, et communiquer c’est faire l’effort de nous faire comprendre et non l’inverse. (En réalité, la plupart des gens font beaucoup d’efforts pour essayer de nous comprendre)

Oh c’est facile à dire et beaucoup moins facile à faire, je suis parfois frustrée comme tout le monde.

Lorsque vous commandez quelque chose dans un restaurant et vous retrouvez avec quelque chose de totalement différent, c’est rigolo, mais dans une situation d’urgence, ça peut être beaucoup plus critique.

Je suppose que le fait que nos langues, mais aussi nos cultures soient très éloignés les unes des autres et sans racine commune rend très compliqué pour nous d’apprendre le Thaï, tout comme pour eux d’apprendre l’anglais.

Apres un an en Thaïlande, j’arrive à la conclusion que les Occidentaux sont très compliqués.

Nous sommes assez cyniques, utilisons couramment sarcasme et ironie, mais ce sont des choses qui ne fonctionnent pas vraiment ici, ou devrais-je dire de se perdent quelque part en traduction, parce que les Thaï ne manquent pas d’humour en fait, bien au contraire. (Ou alors peut-être nous perçoivent tellement rigides et imbus de nous-même qu’ils supposent que nous sommes incapables d’avoir un sens de l’humour et du coup prennent tout ce que nous disons littéralement ahah!)

La métaphore ne fonctionne pas très bien non plus, pareil pour les allusions..

Parfois nous avons peur d’offenser alors on fait des détours pour exprimer ou demander quelque chose. Pourtant, la culture Thaï est tout en subtilité et on attend parfois de vous que vous compreniez le non- dit. Mais vous, quand vous essayez, ça ne marche pas J

C’est comme avec les hommes en fait (désolé les mecs) : quand vous voulez quelque chose, il faut l’exprimer clairement et aller droit au but sans se perdre dans des méandres de bavardages obscurs et autres allusions en espérant que l’autre va comprendre.

J’ai un bon exemple de ceci au travail où nous avons une machine à café très bruyante, et la porte de la cuisine a une fâcheuse tendance à rester ouverte.

Quelqu’un a affiché une très belle note en anglais-dessus de la machine à café, expliquant combien de décibels émettait le bruit d’un bébé qui pleure, un avion qui décolle, la circulation, etc., concluant avec une phrase du genre “et combien de décibels pensez-vous que le bruit de machine à café émet, avez-vous fermé la porte ? ”

Une de mes collègues Thaï m’a dit un jour un peu perplexe qu’elle ne comprenait pas du tout cette affiche et après que je lui ai expliqué, elle a alors dit : « Oh, mais pourquoi ne disent-ils pas tout simplement la machine est bruyante, s’il vous plaît fermez la porte ? » – Eh bien probablement parce que l’idée était d’éviter offenser quiconque en postant une note qui aurait pu apparaître comme un peu directive et péremptoire.    Et dans ce cas précis, analogie + anglais n’ont simplement pas fonctionné.

Cet exemple m’a aidé à comprendre qu’il fallait éviter le babillage décoratif et aller droit au but quand je veux quelque chose, et depuis lors, ma vie est beaucoup plus facile.

Nous apprenons le Thaï, (enfin on essaie), c’est parfois drôle (on n’est pas très bons pour le moment), mais l’effort est toujours très apprécié.

Comme dit précédemment, nos langues n’ont pas de racine commune alors nous développons notre propre méthode mnémotechnique selon nos références : pour « Kop Kun » (merci) François entend Katun (un roller coaster à Mirabilandia, Italie), alors que l’une de mes filles entendait Cancun, et dans «Proooni pop kan» (à demain) moi j’entends… pop-corn …

Et oui.. à chacun ses références…

 

Farang Happy !

Les Farang, c’est nous! C’est un mot Thaï pour nous désigner. Nous étrangers, nous occidentaux (les Asiatiques étrangers en Thaïlande ne sont PAS des farangs), mais peut-être plus encore nous les Français : certains disent que cela vient du mot “farang-say” (Français)   et d’autres qu’il a été utilisé la première fois au Moyen-Orient .

Il est pronnoncé “Fa-lang”.

Et donc lundi, nous étions quatre farangs à vivre notre premier Songkran.

Songkran est le Nouvel An Thaï, célébré dans toute l’Asie du Sud-Est sous des noms parfois différents  et la tradition durant Songkran est de verser de l’eau sur les gens, une sorte de rituel de purification pour commencer la nouvelle année « lavé » de tous ses péchés. Souvent, l’eau est mélangée avec de la craie en poudre qui est aussi utilisée par les moines pour diverses bénédictions.

Traditionnellement donc, les gens se versent de l’eau sur main et le visage les uns des autres, parfois mélangée avec de la craie.

Mais la tradition n’est plus ce qu’elle était, ça c’était avant, maintenant, il semble que le gentil mouillage est devenu une gigantesque bataille d’eau transformant Bangkok en un chaos très mouillé pendant trois jours.

Peut-être du coup ça explique pourquoi beaucoup des Thaï et des farangs qui sont là depuis longtemps et que nous connaissons ont fui la ville dès le vendredi.

Nous avons lu et entendu beaucoup de choses différentes sur Songkran, y compris qu’il fallait faire attention, que ça pouvait être dangereux etc…, mais nous décidons de toute façon, mes trois amis farangs et moi, de nous diriger vers Silom. Silom est un joli quartier de Bangkok, plutôt un quartier d’affaires, mais aussi avec une vie nocturne trépidante.

En sortant de la maison, nous croisons déjà quelques camionnettes avec d’énormes vases remplis d’eau à l’arrière, avec des gens rigolards autour, un seau à la main. Nous esquivons tout juste un premier jeté d’eau quand un taxi s’arrête à notre hauteur.

Nous arrivons à pied depuis le parc de Lumpini, et immédiatement nous sommes engloutis par une foule immense.

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Les gens y sont principalement Thaïlandais, on peut repérer quelques farang mais nous ne sont pas si nombreux.

A ce moment-là, nous avions déjà commencé nous faire tirer dessus avec de l’eau, mais ce n’était que le début, nous sommes rapidement arrosés de tous les côtés ! lances à incendie, seaux, casseroles d’eau jetée sur le dos, sur notre visage, sur les côtés, partout. En quelques minutes, nous sommes totalement trempés.

Le pire est encore à venir. Il y a de grands bacs sur le côté de la rue ; ce sont des “stations de recharge” pour les pistolets à eaux et ceux-ci contiennent … de la glace. La première eau glacée que je reçois est le contenu d’une bouteille gelée versé dans mon décolleté, et puis ça arrive de partout. Une femme me marque le visage à la craie tout en douceur. Je suis mouillée, je suis toute blanche, mais je m’amuse!

Un peu plus loin il y a des stands de DJs, la musique est à fond, les gens dansent. Dans l’un des stands, un énorme seau accroché en hauteur se remplit petit à petit pour finir renversé sur les gens en dessous, tandis qu’un des DJs arrose copieusement la foule dansante avec une lance à incendie. Ceux d’à côté eux, y vont aux nettoyeurs haute-pression. On dirait une rave avec les gens défoncés à l’eau. C’est un truc de malades.

Mais en même temps, tout le monde a l’air heureux, et semble passer un bon moment, il n’y a pas d’agressivité, c’est un gros chahut bon-enfant et débonnaire. Un immense chaos ou tout le monde rigole.

Aucun d’entre nous ne supporte la foule, mais curieusement nous ne nous sentons oppressés à aucun moment.

Après quelques heures, nous finissons trempés bien entendu, chose incroyable, nous avons presque froid !

Nous repassons par Lumpini pour rejoindre mon amie Donna qui se joint à nous pour dîner.

Donna est Thaï, elle rigole quand elle nous voit et nous demande comment nous avons trouvé l’expérience. Nous avons adoré, et nous le lui disons en marchant dans l’espoir de sécher rapidement, on dirait qu’elle a du mal à croire que nous avons passé un bon moment.

Donna parle anglais et en français, et elle rigole encore, avant de nous dire en Anglais « It’s good , farang happy, farang happy ! » ben oui en fait farang very happy, je ne ferais pas ça tous les jours mais franchement c’était bien plus sympa que je ne l’imaginais.

Miss Delphine et son chauffeur…

Là où on habite, nous avons besoin d’un moyen de transport pour aller au Skytrain.

On peut toujours marcher, mais il faut quelque chose comme 40 minutes, et 40 minutes sous 40 degrés avec près de 100% d’humidité, c’est possible quand on n’est pas pressé, mais certainement pas pour aller travailler.

Une option serait d’acheter une voiture, mais honnêtement traverser Bangkok en voiture et retour tous les jours prendrait très, très longtemps et finirait certainement par revenir plus cher que de prendre un taxi.

Des Taxis, à Bangkok, il y en a partout ! des verts et jaune, des roses Barbie, des blancs et rose couleur malabar bi-gout, des bleus, jaunes ou verts unis, et dans tous les cas, il sont très faciles à identifier.

Et ils ne sont pas chers. La prise en charge est de 35 baht, puis 5,50 baht / km pour les 10 prochains kilomètres, puis 6,50 baht / km du 10e au 20e kilomètre, etc., et à l’arrêt dans un embouteillage ou en dessous de 6 km/h, le compteur augmente de 2 baht par minute

En gros pour aller de la maison au BTS ça peut coûter entre 50 et 120 baht suivant la circulation.

Ainsi, tous les jour pour aller bosser, je dois appeler un taxi. Pour revenir, j’en trouve toujours un a la sortie du BTS.

Le tout prend plus ou moins de temps, et il est évident que l’idéal serait de trouver un chauffeur régulier qui puisse m’emmener tous les jours.

Et sur une période de deux semaines, un même chauffeur est venu me chercher trois fois, donc la troisième fois, après avoir activé ma fonction mime et communication créative, j’ai tenté de lui demander s’il habitait dans le coin. J’ai cru comprendre quelque chose à propos de sa femme, puis sans trop y croire ai essayé de lui demander s’il serait possible qu’il vienne me chercher tous les matins.

Ça parait facile mais ça ne l’était pas du tout. Je pense que nous nous sommes compris, mais en même temps nous n’en étions pas trop sûrs ..

Finalement, il m’a dit “ami thaïlandais, appeler” donc je lui dis ah oui, bonne idée, numéro ?

Et là, il sort une carte de visite avec pas un, mais DEUX numéros. Eeeuuuh, lequel je dois appeler ? je demande, OK OK il me répond, et me sort un papier sur lequel il écrit encore DEUX numéros. Lequel? Ok ok appeler oui. Bon…

Donc a ce stade, je me retrouve avec 4 numéros de téléphone, sans avoir la moindre idée de ce à quoi ils correspondent à (peut-être après tout que nous ne nous sommes pas compris DU TOUT ?)

Enfin, j’ai fini par remarquer que deux de ces numéros étaient identiques et ai décidé que c’était celui là qu’il fallait appeler ! Et j’ai demandé l’aide d’une de mes collègues.

En fait, nous nous étions parfaitement compris : il dépose sa femme pas très loin tous les jours et était tout à fait prêt à me récupérer ensuite.

Et c’est ainsi que W. a commencé à venir me chercher tous les jours.

Grâce à lui j’ai beaucoup amélioré mon thaï, (j’ai dû apprendre à dire des trucs du genre je ne travaille pas demain, les jours de la semaine, est-il possible de conduire ma fille à l’aéroport à six heures du matin et des trucs dans le même genre..)

Il a rencontré François, Melissa & Yvain., et Louise, me demande parfois de leurs nouvelles, il me montre aussi des photos de sa fille de quatre ans.. Il est vraiment gentil, du moins je crois.

Je le paie plutôt bien. Nous ne nous sommes jamais mis d’accord sur le sujet, mais tous les jours je lui donne la même chose, peu importe la durée de la course. D’ailleurs il ne met plus le compteur.

Chaque journée commence avec les chiens qui entendent arriver avant moi le taxi de W. couleur malabar bi-goût,   et courent au portail.

portail

Puis il me dépose et je grimpe les escaliers du BTS, plus ou moins bondé selon les jours.

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Il y a un BTS toutes les deux minutes au plus donc c’est assez rapide. Après, j”ai quelques minutes de marche le long
avenue bien aérée, et je suis arrivée

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Le trajet prend entre 35 et 40 minutes porte à porte un jour standard. S’il y a un problème de circulation alors ça peut être plus long.

Pour rentrer le soir, c’est à peu près pareil sauf que je n’ai pas de taxi régulier, mais il y en a toujours plein qui attendent a la sortie du BTS.

Sauf cette semaine.
il y a quelques jours, je suis rentrée plus tôt que d’habitude parce que j’avais un meeting téléphonique avec la France qui allait se finir tard le soir.

En sortant du BTS, une circulation épouvantable, pas de taxis mais une longue file de gens qui en attendaient.

Du coup, je me suis mise dans la file prête à prendre mon mal en patience, et là, un taxi qui venait d’embarquer quelqu’un s’arrête à ma hauteur et ouvre la porte avant en criant quelque chose. Je recule mais les gens autour de moi ont l’air tellement surpris que j’y regarde a deux fois, et je vois…. W. qui gesticule et me fait signe de monter sur le siège avant !

Et me voilà embarquée sous le regard étonné (et jaloux) de tous ceux qui attendent !

Il se retourne, dit quelque chose au vieil homme sur la banquette arrière (probablement du genre est ce que ça vous dérange si je l’emmène) et c’est parti !

Et en effet, il dépose l’homme sur le chemin, et au moment de payer  lui dit un truc du genre « je ne vous fait pas payer » je pense mais le vieil homme a insisté et a poussé un billet dans sa main. « Nice man » m’a dit W.

Quand nous sommes arrivés à la maison, je l’ai payé la même chose que ce que je le paie le matin, et, et à ma grande surprise, il m’a tendu le billet du vieil homme en retour.

J’ai refusé, (après tout m’a sauvé d’un trafic horrible et probablement une longue, longue attente), mais j’étais vraiment contente qu’il le fasse.

J’ai toujours un peu peur d’être prise pour un portefeuille sur pattes et que la gentillesse apparente des gens ne soit motivée que par de l’intérêt.

Dans certains cas ce n’est pas grave, mais dans d’autres, avec P. comme avec W. j’aime penser que leur gentillesse est sincère. Et ce petit geste me fait pencher dans cette direction l à, W. est un chouette type !

Ma vie est un jeu !

Je sais,  ça fait une éternité que je n’ai pas  écrit.

Je suis ici depuis près de trois mois et même si je ne me sens pas encore “à la maison” (ce qui me manque pour ça est François) Je  me sens bien,  et dans un environnement familier et bienveillant.
La Thaïlande est une bonne expérience jusqu’ici.
Oh oui il y a des challenges,  mais les gens sont gentils alors ça compense.  Enfin je crois que les gens sont gentils mais au final je n’en sais rien !

Les principaux acteurs dans ma vie en dehors du boulot jusqu’à présent sont P. et W.

P. est la jeune femme nous avons embauché pour prendre soin des chiens,  W. est le chauffeur de taxi du matin.

J’adore P,   les chiens la vénèrent,  et j’aime penser qu’elle m’aime bien aussi.  J’espère lui apprendre un peu d’anglais et améliorer mon Thaï pour que nous puissions mieux communiquer.
La trouver n’a pas été facile:  je voulais à tout prix quelqu’un qui aime les chiens.  Beaucoup des personnes que j’ai interviewées étaient “OK” avec les chiens,  mais pour moi, “OK” ce n’était pas assez.
J’ai trouvé P. par une agence,  et nous avons eu un premier entretien par Skype.

Oh j’ai oublié de préciser,  l’agence m’a dit qu’elle parlait un petit peu anglais, ils ne mentaient pas,  Hello et Good bye sont bien « un petit peu d’Anglais » non ?

P. est Birmane,   et on me dit qu’elle parle un Thaï très clair.
C’est chouette, mais pas moi 😉 (enfin pas encore) et la vérité est qu’elle ne parle pas du tout anglais.
Bon,  en fait,  je m’en fiche de ce qu’elle parle tant qu’elle prend bien soin des chiens,  et un peu de la maison aussi.

Pendant l’interview skype,  elle m’a plu,  elle,  son sourire,   et sa réaction à ma question sur les chiens (traduite par la dame de l’agence qui était assise avec elle).

On dit que la communication non verbale est très importante, que le langage du corps représente 55% de la communication, et 38% pour le ton employé.  Ça devient d’autant plus vrai quand on ne parle pas la même langue.

Ça m’a suffit. “Mais, Vous n’avez pas de questions?» m’a demandé la dame de l’agence toute surprise.  Non je n’en ai pas. Tout bon pour moi.
Donc, le lendemain, P est venue voir la maison,  et s’est installée le surlendemain.

Quand elle a emménagé, les chiens n’étaient pas encore là et il n’y avait pas non plus de meubles dans la maison. Tout ce que je possédais à l’époque était une valise, une chambre à coucher et une machine à laver, le tout flambant neuf et installé un jour avant mon emménagement.

Je dois avouer qu’au début, c’était bizarre d’avoir une  inconnue dans mon intimité. En plus j’ai vite réalisé qu’elle était une vraie tornade et que tout serait impitoyablement rangé et lavé avant que j’ai le temps de dire ouf.
En plus communiquer n’est vraiment pas facile, je dois être créative, utiliser des images, des mimes, google translate (qui, avec le Thai, n’est pas toujours le meilleur), des dessins, et un mélange de tout ce qui précède. Dans ma vie d’avant, on organisait des soirées jeux avec mimes et pictionnary, mais maintenant c’est mon quotidien qui est un jeu !!!

La seule chose dommage c’est que nos échanges sont pour l’instant réduits a des besoins basiques. Nous sommes au niveau 2 de la pyramide de Maslow. J’ai essayé de lui poser des questions sur sa vie, son passé, et même avec l’intervention téléphonique d’une de ses copines c’est difficile. Exemple « Tu aimerais retourner vivre en Birmanie plus tard ? » réponse, « oui oui a Noel » – Moi « Ah bon ? »  Elle (un peu inquiète) « ben oui je pourrais partir en vacances ? », et malgré mes meilleurs efforts, je ne suis pas arrivée à faire passer la notion de « plus tard », « un jour »

La première semaine de notre vie commune, je ne voulais pas qu’elle lave mon linge alors je l’ai caché. Oui CACHE. Caché MES vêtements dans MA maison. Dans un sac en plastique, au fond d’un tiroir.

Et le dimanche quand elle est partie, j’ai fait une machine et l’ai étendue a sécher au soleil.
Quand P est revenue je me suis faite engueuler, enfin je crois, oui oui, l’impression d’être une petite fille qui a fait une bêtise.

Et la semaine d’après elle a trouvé ma planque. J’ai fini par laisser tomber et acheter un panier à linge….

Ensuite, les premiers chiens sont arrivés, et j’ai pu vérifier qu’elle n’a pas menti: les chiens sont gâtés!  Elle joue avec eux, leur fait des câlins, les lave (c’est une manie), les garde dans sa chambre quand je suis en déplacement, et leur enlève en douce les colliers anti aboiement dès que je leur mets.

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Apres, nous avons reçu les meubles, et j’ai pu constater que nous ne sommes pas tous égaux devant la logique du rangement. J’ai eu le malheur de laisser traîner quelques cartons non déballés ? Qu’à cela ne tienne, hop hop hop vidés rangés en moins de deux. Ah oui mais rangés OU ?  Et là, à mon quotidien déjà ludique s’est ajouté une chasse aux trésors permanente.

Soyez prévenus, si vous venez en vacances, la moindre fringue abandonnée finira aussitôt dans la machine, le moindre objet qui traine disparaitra de votre vue et nous devrons brainstormer, voire former des équipes pour le retrouver.

L’effet magique, c’est que avant, j’étais bordélique. Ça, c’était avant.

Aujourd’hui si je veux retrouver mes affaires sans passer 10 minutes à les chercher en imaginant ou P. a bien pu les mettre, je dois les ranger.
Par exemple j’ai retrouvé ce matin là ou je ne les cherchais pas des boucles d’oreilles que j’avais laissé traîner il y a deux jours, Et vous, voyez vous au premier coup d’oeil les anneaux en or?

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ça, rajouté au fait que par respect pour elle j’évite de laisser tout au milieu, de toute ma vie je n’ai jamais été aussi rangée !

Notre vie en Thaïlande commence donc sur une note bien rangée, (mais ludique) et en fait, et bien je crois que j’aime bien ça !

La vie de F: Chapitre 1

Aujourd’hui est un jour chouette, je vais à l’aéroport acheter mon billet, ou plutôt, devrais je dire, à l’aréopôrt puisque je suis d’ici, direction ma petite femme, en Thaïlande.

Ce n’est pas encore le départ définitif mais c’est un premier transport de chiens et une première visite dans notre nouvelle maison.

Maison qui ressemble, au moins pour nous, à un palais. C’est une vieille dame, avec ci et là quelques traces de son âge, mais elle nous va bien, biscornue, chaleureuse et ouverte, comme nous espérons l’être.

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Oui, si, on espère être biscornus, c’est possible. Ca ne veut rien dire mais je m’en fous.

La banque française, où l’on va en passant par le parc, pour ne pas citer son nom, est très accueillante. J’appelle et j’obtiens tout ce que je veux. Ils doivent être pressés de nous voir partir ou tout simplement gentils, si je met mon optimisme fou en marche

Je parle de banque car j’ai besoin d’augmenter mon plafond de CB pour payer mon billet. Lufthansa est une compagnie assez sympathique pour transporter une partie du Wouf Club, mais ils facturent suffisamment pour crever mon plafond habituel.

Enfin, D dirait que je dépense des sous de manière inconsidérée et que faudrait que je me calme et que c’est n’importe quoi….. et moi je dirais que ma vie est tristounette sans elle et que je dépense pour exister.

Un choc d’argumentaires plus tard, j’ai bien évidemment tort, alors je tente de faire attention et j’achète mon billet et celui des filles à quatre pattes.  La phrase précédente parle de chiens, pas de doggie style, si d’aventure vous aviez mal interprété.

Ce billet d’avion m’approchant un peu plus de notre nouvelle vie. Envie de quitter l’actuelle assez forte.

Ma vie est assez inintéressante en fait, notre maison est vide, il n’y reste que des trucs à donner ou a jeter. Je n’ai plus de lit, je dors sur un des canapés, enfin des restes de canapé, en passant une bonne partie de la nuit à me battre contre les chiens, pour ne pas qu’ils montent, et en finissant par perdre.

J’ai tout de même arrêté de déplier le canapé convertible après la nuit où, les chiens dormant TOUS autour de moi, j’ai eu la sensation, désagréable, d’être emballé sous vide par la couette….

Le matin, balayage, aspirage, nettoyage, et quelques minutes après, pleurage parce que ca n’a servi presque à rien. Mais je continue, je me bats, au quotidien contre les poils et les traces de pattes. Et j’espère que notre gentille maid, à BKK, aura plus de succès que moi, surtout les jours de pluie.

Après je sors prendre un café, puis je rentre faire des tas…. Des tas à jeter, des tas à donner, et des tas de tas sans appellations parce je ne sais pas quoi en faire.

Aujourd’hui j’ai passé un cap, une péninsule…. un roc, j’ai trié le linge sale. Encore des tas: le linge de D, que je considère comme potentiellement jetable, le linge de maison que considère comme potentiellement lavable mais seulement parce je dois le faire pour I qui viendra garder les chiens, et le linge de moi, que je considère comme juste emmerdant, et que même j’hésite à aller m’acheter des T shirts plutôt que de laver ceux ci.

Ensuite, je suis descendu dans la pièce de D, le sous sol, pour aller voir la machine à laver, un peu comme je serais descendu dans la tanière du dragon, pas celui à Disneyland, un vrai, méchant, inconnu et dangereux.

Et n’écoutant que mon courage, je me suis approché. Première constatation, ça ne mord pas, ça ne grogne pas, elle a peur, je suis sur.

Puis devant tous ces boutons, je me suis senti un peu comme un chien devant un Rubik’s Cube.

Mais je suis fort et fier, je ne demanderai de l’aide à personne, je ferai des essais, j’aurai des fringues colorées et petites peut être mais je ne demanderai pas d’aide. Tony Danza est mon seul maitre, je serai son disciple affirmé, c’est sur.

Enfin, tout ca pour dire que j’ai envie de partir, de commencer ailleurs avec D. Ma vie est avec elle, j’en suis sur.

Signez ici, s’il vous plait.

Ça fait à peine plus d’une semaine que je suis là et je commence déjà à collectionner les cartes de fidélité ! Et permettez-moi de vous dire, c’est un exploit d’obtenir des cartes de fidélité dans un pays où vous ne parlez pas la langue.

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Ça a été une bonne semaine, très occupée, entre le boulot et mon début d’installation. La partie début d’installation avec achats de trucs du quotidien, ça semble facile, mais ajoutez la barrière de la langue au fait que vous ne savez pas lire et tout de suite, ça devient beaucoup plus difficile !

Quelque chose d’aussi simple que l’achat d’une machine à laver devient une aventure très compliquée.

En Thaïlande, tous les lave-linge ne ​​chauffent pas  l’eau. une surprise ? En fait, en cherchant sur internet, je me suis aperçue que c‘est pareil pour tout un tas de pays. Nous les Français sommes l’exception. Ça alors ! Il m’a donc fallu surmonter le choc de cette découverte (ça a pris près d’une semaine) et partir enfin acheter la machine idéale..

Je vous épargne les détails sur les mimes d’eau chaude et de la vitesse d’essorage qui étaient pourtant nécessaires pour acheter la bonne machine (enfin la bonne, elle n’est pas encore livrée hein, espérons, que ce soit la bonne) , plus la demande d’ une carte de fidélité (ici elles ouvrent droit à un pourcentage de réduction immédiat, ce qui n’est pas négligeable sur un gros achat) , mais là où ça devient drôle, c’est quand on me met un papier blanc sous le nez, ” delively ” ” map ” . UN PLAN ? MOI ? Ces gens sont fous ! Ils attendent de moi que je fasse un plan pour situer ma maison ou je n’ai été que deux fois, alors que j’ai déjà du mal à distinguer ma gauche de ma droite, et après deux semaines à l’hôtel -je sors encore du mauvais cote de l’ascenseur …   … Bon, mon amie C. m’a offert une jolie boussole avant mon départ, mais là c’est une greffe de la partie du cerveau qui gère le sens de l’orientation qu’il me faudrait.. .

boussole

Mais tout cela n’était qu’une une introduction. Le plus drôle commence à la banque.

Ouverture d’un compte bancaire,

Selon les pays  c’est plus ou moins facile.

Moi, j’ai la chance d’être parrainée dans une grande banque, je n’ai donc pas besoin d’arriver avec un montant de départ et peux récupérer une carte de crédit rapidement (ce qui n’est pas le cas ici, il faut six mois en moyenne),.

J’arrive à l’heure avec tous les papiers nécessaires, et  on me donne une pile épaisse de documents à signer. Jusqu’à trois signatures par page.

Je signe et je contresigne, encore et encore  Je dois aussi écrire mon nom complet. Mon nom complet doit inclure  tous les prénoms que mes parents m’ont donné à la naissance, mon nom de jeune fille, et mon nom d’épouse.

Les prénoms en France, c’est un peu comme les machines à laver qui chauffent l’eau, une spécialité, la preuve, J’EN AI 4 !

Une fois toutes les signatures effectuées,  mon nom à rallonge écrit sur tous les formulaires, la gentille dame en charge de mon compte  disparaît et revient vite l’air contrarie :  Il y a un problème avec ma signature , elle ne correspond pas « là et là ».

Sur l’une des pages que je ai eu à signer trois fois , il semble que les signatures ne soient pas tout à fait les mêmes.
Pour moi, elles semblent identiques.
Non, dit la dame, tu vois là? Mais tout ce que je peux voir là, c’est une ligne qui est légèrement déformée.

J’insiste,  ce sont les mêmes ,  et puis de toute façon, c’est très difficile pour quiconque de reproduire deux fois la même signature.

Elle se lève et va parlementer avec son collègue mais revient l’air toujours aussi contrit : une seule possibilité si je veux ouvrir un compte ici, être capable d’avoir une signature cohérente.

Bien, qu’a cela ne tienne, je vais faire une signature « spéciale banque ». Pas de problème.
Et on remet ca, on me redonne tous les papiers et il faut : 1. Signer (la nouvelle signature spéciale banque) 2. barrer l’ancienne signature 3. Contresigner la signature raturée.

Au bout d’un quart d’heure de signature (je m’applique, je n’ai pas envie de devoir recommencer) c’est bon ! Elle est plutôt sympa en fait, et moi je suis assez contente de cette sécurité,  là  où avec ma banque française je pourrais signer mes chèques Lady Gaga qu’ils ne s’en rendraient même pas compte. En fait, la situation m’amuse.

Et puis mon ami parrain et moi quittons la banque, hop au boulot, une bonne chose de faite !

Mais plus tard ce jour-là, j’ai reçu un autre appel de ma chargée  de compte, il y a un souci, avec toutes ces ratures ce n‘est pas très propre (tu m’étonnes), il faut que je re-signe de nouveaux papiers, mais pas de problème, elle se déplace et vient me voir !

Ok, donc nous nous rencontrons un peu plus tard et de nouveau, je signe (toujours avec ma nouvelle signature spéciale banque) tout un tas de papiers qu’elle a apporté avec elle.

Elle a aussi apporté un cadeau pour moi et pour mes amis parrains. Sympa. .

La même situation dans mon pays d’origine m’aurait rendue folle, mais ici, je ne peux pas faire autrement qu’en rire. En plus elle est tellement gentille et agréable, ça ne servirait à rien de s’énerver. Ca y est, la Thaïlande me gagne 😉

L’histoire pourrait s’arrêter là, si je n’avais pas reçu un autre appel de la dame de la banque encore plus tard. (Non, ce n’est pas une blague !) et cette fois devinez quoi ? Cette fois, j’ai trop de prénoms pour la carte de crédit, donc nous avons besoin de nous voir à nouveau le lendemain matin (qui était aujourd’hui) pour… SIGNER DES PAPIERS !

Et quand je me suis réveillée ce matin, j’avais un mail de la banque ” Chère Delphine D.F.X. (les initiales de mes trois autres prénoms) [monnomdefamille ] EP [monnomd’epouse ] …!

Bon, à partir de maintenant, je vous prie de bien vouloir m’appeler DDFX …

Bonne nouvelle Vie !

Ça y est ! Le jour J est arrivé, il est temps pour moi de partir.

Nous avons passé nos trois dernières soirées chez des amis, et je me sens tellement submergée d’émotion par toutes leurs attentions. Je suis entourée de chaleur et d’amour c’est un sentiment fantastique.

Je passe le réveillon à faire ma valise, maintenant mon départ devient réel et je commence à être un peu angoissée.

Le lendemain matin, dès que je suis prête à partir, je ne peux pas arrêter de pleurer.

Je me rends compte que je vois notre maison où je ai été si heureuse pour la dernière fois.

C’est vraiment un sentiment bizarre, c’est notre choix et nous sommes surexcités par ce départ, néanmoins le fait que je parte seule pour commencer rend les choses plus difficiles, j’aimerais tellement que nous puissions tous partir ensemble

Mais François doit rester pour vendre la maison et Louise pour l’année scolaire.

Cette nouvelle vie ne démarrera pas complètement tant qu’ils ne seront pas là.

Encore quelques larmes de versées a l’aéroport et hop dans l’avion.

Ce voyage ne ​​sera pas un moment inoubliable. Vol long-courrier plein d’enfants, personnel de bord aigri et vieil avion, je ne peux pas vraiment dormir et j’attends patiemment que nous atterrissons.

Bangkok enfin,   Chez nous, chez moi ? Vraiment ?

Ce premier jour, je le passe entre l’hôtel et le travail, je suis épuisée, mais voudrais me coucher le plus tard possible et dormir tard le lendemain matin pour éviter le décalage horaire .

Aujourd’hui, j’ai commencé à rechercher des meubles. Ce n’est pas si vu que je ne sais pas trop ou aller. Alors je commence par deux centres commerciaux énormes Siam Paragon et Central World.

Juste fantastiques, démesurés. Pas franchement l’endroit pour acheter des meubles je pense , mais je me sens comme une gamine pour la première fois à Disneyland .

Je termine la journée dans un bar à vin avec le seul regret que François ne soit pas avec moi pour partager cet instant.

En fait il a raison, en utilisant les références que nous avons, cette ville est un mélange parfait entre Bangalore et Tokyo. Le bordelisme de Bangalore mais la modernité de Tokyo. Je me fais cette reflexion en traversant les tunnels de lumieres probablement la pour les fêtes entre Central World et la station de BTS Chit-Lom.

lumi1 lumi2

Demain, je signe enfin le bail, et je rejoins des amis Français à Chatuchak. Ils connaissent un peu, ce sera peut-être plus simple que la dernière fois !

Mon deuxième jour à Bangkok se termine, je n’ai même pas vu passer les fêtes alors il est quand même temps de dire : Bonne année, Bonne nouvelle vie !

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